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Liberté, plaisir et… discipline

Liberté, plaisir et… discipline



Il peut paraître paradoxal d’intégrer la discipline aux facteurs de liberté, puisque ce mot, souvent associé à la contrainte et à l’obligation, est aussi perçu comme générateur de limitation et de restriction plutôt que comme une forme de libération. Le paradoxe est d’autant plus justifié que la discipline se définit comme un ensemble d’exigences que l’on s’impose pour atteindre un but. En quoi alors peut-elle être un facteur de liberté dans la relation amoureuse ?

Ce qui rend deux personnes heureuses dans leur relation amoureuse, c’est d’abord qu’elles s’aiment, qu’elles communiquent authentiquement, qu’elles sont engagées et que, par conséquent, elles conçoivent des projets communs. Ces personnes cultivent le goût d’être ensemble. Sans projets communs, les partenaires trouvent chacun leurs intérêts en dehors de la relation et deviennent rapidement moins présents l’un à l’autre. S’ensuit un manque de motivation qui atténue considérablement leur besoin d’engagement.

Cependant, rêver ne suffit pas aux gens qui s’aiment pour qu’ils se sentent libres ensemble. Il est essentiel qu’ils actualisent leurs rêves. Cette actualisation suppose que chacun des deux ait la volonté de participer à la concrétisation du projet commun et qu’il ait assez de discipline pour traverser une à une les étapes de sa réalisation. Sans cette volonté et cette discipline, il n’y a pas d’engagement possible.

Comme l’engagement qui implique l’attachement, l’investissement et la fidélité procurent la sécurité essentielle à la satisfaction du besoin de liberté ; il en résulte qu’il n’y a pas non plus de vraie liberté sans volonté et sans discipline.

Si les personnes engagées dans une relation amoureuse développent des projets communs et sont motivées à les rendre à terme parce que chacune d’elles s’est donné la liberté de respecter ses priorités, ses valeurs et ses besoins, elles ne pourront concrétiser ces projets sans manifester de la volonté. Sans cette faculté de prendre librement, en toute conscience, en pleine connaissance de cause et après réflexion des décisions fermes, et de choisir délibérément, résolument et librement d’en actualiser la concrétisation, il s’avérera impossible de réussir.

Les décisions étant prises et le choix de les mettre à exécution étant arrêté, il est nécessaire de se discipliner, de s’imposer des exigences pour franchir les étapes qui mènent de la décision à l’accomplissement.

Carpe diem
Écarter ainsi le passé et l’avenir au profit d’une satisfaction immédiate, c’est oublier une réalité bien particulière, la réalité psychique. Cette dernière résulte de l’action synergique du passé, du présent et de l’avenir, lesquels trouvent leur pôle unificateur dans l’instant présent. Élaborer un projet est une action présente, et le franchissement de chacune des étapes pour l’accomplir s’effectue dans une suite d’actions présentes délibérément choisies. Nous pouvons choisir aujourd’hui de succomber au désir de dépenser au restaurant, par exemple, ou de continuer à investir dans notre projet. Il faudra alors en assumer les conséquences. Des choix s’imposent ainsi successivement, et la liberté se situe dans ces choix.

Cependant, si nous sacrifions toujours la réalisation à long terme de nos rêves pour des impulsions immédiates, nous nous laissons diriger par le monde extérieur et par des forces étrangères plutôt que de suivre notre propre chemin. Dans ce cas, il arrive que nous soyons déçu et frustré parce que nous manquons de courage pour respecter nos propres objectifs.

Cela dit, ne croyez surtout pas que j’exclus totalement le plaisir du moment présent et de la spontanéité de la relation amoureuse. Il est essentiel au bonheur du couple. La vie affective des conjoints ne doit surtout pas être soumise à un cadre aliénant et axé uniquement sur l’avenir et le devoir, au détriment du présent et de la passion de vivre. C’est une question d’équilibre.

S’il est vrai que le sabotage constant de nos rêves au profit de certaines impulsions réduit les possibilités de plaisir à long terme, il est aussi vrai que certains élans spontanés rendent la vie à deux dynamique et vivante s’ils n’érodent pas nos objectifs.

Par exemple, le plaisir de pique-niquer dans un parc, de faire une randonnée pédestre à la montagne, de partager un repas à la maison avec des amis, de regarder un film ou d’écouter de la musique en toute intimité devant un feu de cheminée, de danser ou de chanter ne nuira pas au projet commun d’économiser de l’argent pour acheter une maison.

En fait, ces plaisirs sains et libérateurs aèrent la vie conjugale et rapprochent les amoureux. Par contre, tout plaisir qui engendre un sentiment de culpabilité éloigne les amoureux l’un de l’autre et perturbe leur relation.

Respecter les exigences que l’on s’est imposées pour atteindre ses buts, c’est choisir d’accéder à la liberté. Celui qui se laisse toujours dominer par ses impulsions s’offre des plaisirs à court terme. Cependant, ces plaisirs cachent souvent les pièges de la culpabilité, de la déception, de la frustration, de la honte et du regret.

Au nom d’une fausse liberté, la personne dominée par ses pulsions construit à son insu les fondements d’une prison intérieure, dans laquelle s’évanouissent éventuellement ses espoirs, ses motivations, son goût de vivre et ses élans créateurs.

L’exemple de Cassandra et de Nicolas
Lorsque Cassandra et Nicolas ont pris conscience qu’ils s’attachaient l’un à l’autre, ils ont vérifié si leurs priorités concordaient sur l’essentiel avant de s’engager à établir un lien solide et durable. Motivés par leurs projets communs de s’acheter une maison, d’avoir des enfants et de voyager, ils souhaitaient fermement prendre les moyens de réaliser leurs rêves. Aussi emménagèrent-ils dans un petit appartement coquet à prix modique et décidèrent-ils de planifier leur budget de façon à économiser une bonne partie de leurs revenus respectifs, jusqu’à ce qu’ils aient les possibilités d’actualiser leurs rêves.

Ils se sont investis tous les deux avec une constance indéfectible dans ce projet, même si, pour y arriver, ils ont dû limiter leurs frais de restaurant, de cinéma, de théâtre et d’habillement. Il leur a fallu beaucoup de discipline pour ne pas se laisser tenter, à certains moments, par toutes les offres alléchantes provenant de leur environnement. Parfois, attirés par de telles offres, qu’ils ne pouvaient accepter sans se détourner de leurs objectifs, ils trouvaient plus difficile de respecter leur engagement. Seul le souci de respecter les exigences qu’ils s’étaient imposées les aidait, dans ces moments-là, à continuer de travailler à la réalisation de leur projet.

Leur sentiment de liberté aurait-il été plus fort s’ils avaient cédé chaque fois qu’ils étaient sollicités par leur entourage et leur environnement immédiat ?

Nous abordons ainsi le rapport entre le présent et l’avenir. D’aucuns affirment qu’il est préférable de ne se refuser aucun plaisir immédiat et que le fait de préparer trop sérieusement l’avenir empêche de vivre pleinement et librement le moment présent.

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