Actualités

La comparaison, un poison pour l'estime de soi

La comparaison, un poison pour l'estime de soi

Comparer les choses les unes avec les autres est un réflexe humain tout à fait normal et utile puisqu'il nous donne des points de repère essentiels à notre bon fonctionnement. Mais si la comparaison est utile pour connaître la valeur du dollar canadien par rapport à celle du dollar américain, elle ne peut pas être utilisée avec les humains sans laisser des marques réelles sur l'estime de soi de la personne, des marques qui risquent de rester douloureuses longtemps. La comparaison, celle que nous utilisons pour parler à nos enfants ou nos adolescents autant que celle que nous utilisons pour essayer de mesurer notre valeur personnelle, c'est un poison pour l'estime de soi.

DES PHRASES QUI TUENT L'ESTIME DE SOI

Nous sommes tous des enfants de la cornparai­son. Même si quelques-uns d'entre nous n'ont pas entendu des phrases qui tuent telles que «Ton frère est plus gentil que toi !» ou «Si ta soeur pouvait être aussi travaillante que toi !», nous avons tous été comparés à la hausse ou à la baisse, si ce n'est que par les notes à l'école.

Les adultes qui ont fait ça avec nous I'ont fait en toute bonne foi, croyant que c'était la bonne chose à faire. En tant qu'éducateur, quand on compare les enfants aux autres enfants, on croit à tort leur donner des repères pour bien se connaître et bien se définir. On veut aussi les motiver à se dépasser et à s'améliorer. Quoi de plus louable ! Pour ce faire, on s'en donne même parfois à coeur joie en y allant d'une petite comparaison avec nous-mêmes, commençant notre phrase par un «Moi, quand j'avais ton âge...». Si vous avez bien observé, Il est très rare qu'on ait l'impact voulu avec ce type de remarque. Rapidement, les arguments fusent de la bouche des plus vieux : «ça n'a pas de rapport !», disent-ils.

Ils ont raison, et c'est une chance pour eux quand ils sont capables de résister et de ne pas laisser entrer le vrai message que nous leur envoyons et qui se décode en réalité comme suit: «Si tu veux avoir de la valeur, tu devrais être comme ton frère, ta soeur ou comme moi quand j'étais petite.»

Par la comparaison, on est très loin de les aider à découvrir leur valeur personnelle. On les incite plutôt à se modeler à ce qu'on croit qu'ils devraient être pour «être quelqu'un de bien». Au lieu d'augmenter leur estime personnelle, on la fragilise. Voyons pourquoi ce genre de comparaison agit comme poison pour l'estime et la confiance en soi plutôt que comme stimulant.

SI JE SUIS "+" RESPONSABLE QUE LÉA ET "-" DRÔLE QUE LÉO, QUI SUIS-JE ?

La comparaison induit automatiquement une idée d'être inférieur ou supérieur à quelqu'un, meilleur ou pire. Et si à court terme, l'un a l'air plus con­fortable que l'autre, à long terme et à répétition, la comparaison qui dévalorise tout comme celle qui survalorise (eh oui !) laisse chez la personne un manque d'estime de soi et un manque de confiance en soi.

Pour celui qui a été comparé à répétition à la baisse, son drame intérieur est de croire que comme il est surpassé par les autres, il n'a pas autant de valeur que les autres. Pour celui qui a été comparé à la hausse à répétition, son drame intérieur est de croire qu'il a de la valeur seulement tant et aussi longtemps qu'il n'est pas surpassé par les autres et qu'il reste un des meilleurs.

Bien que la blessure se ressente différemment, le mal a les mêmes racines et la même cause : l'incapacité à sentir sa valeur intrinsèquement.

Des deux côtés, la valeur de la personne est tributaire des autres et ne prend pas racine dans l'identité de son être ni dans son unicité, d'où sa fragilité. Les repères pour ressentir sa valeur sont alors à l'extérieur de soi plutôt qu'à l'intérieur, à la seule place où elle serait bien solide, bien protégée et inattaquable.

LES EFFETS DE LA BLESURE CAUSÉE PAR LA COMPARAISON RÉPÉTITIVE

Face à un enfant qui ne croit pas en lui parce qu'il a de moins bonnes notes à l'école que ses camarades, parce qu'il est plus petit ou moins travaillant, parce qu'il est plus sensible ou moins calme, face à cet enfant qui se méprise, qui parle de lui en termes dévalorisants, qui se décourage, s'abandonne, se laisse croire qu'il n'est pas grand-chose parce que c'est ce qu'il a déduit des phrases comparatives qu'il entend à son sujet, face à cet enfant, jai le coeur qui se déchire.

Cet enfant devenu adulte, est-ce vous? Continuez­-vous rnaintenant à vous voir «-» que les autres? Vous dévalorisez-vous vous-même ou vous laissez-vous déni­grer? Abandonnez-vous vos rêves, parce qu'au fond, vous êtes convaincus que vous n'avez pas ce qu'il faut pour les atteindre? Laissez-vous la vie et les autres choisir pour vous, endurez-vous l'intolérable, vous contentez-vous de quelque chose qui vous rend médiocrement heureux ? Face à vous, enfants devenus adultes, je voudrais vous convaincre de votre valeur certaine.

Puis, face à un enfant qui se croit réellement supéri­eur parce qu'il a été «mesuré» comme faisant partie des «meilleurs que les autres», cet enfant qui entend qu'heureusement il est plus responsable que Jack, moins stupide que Joe, plus talentueux que sa soeur et plus gentil que le reste de la classe. Cet enfant qui se vante, qui peut même rabaisser les autres parce que la survie de son estime personnelle dépend du fait qu'il arrive à rester «+» que son voisin; face à si peu d'estime de soi bien cachée derrière ce qu on pourrait voir comme de la confiance en soi, face à cet enfant à I'estime de soi fragile, mon coeur s'émiette.

Cet enfant devenu adulte, est-ce vous? Continuez­-vous à devoir maintenir un standard de compétence incroyable qui soit bien au-dessus de la moyenne, à performer jusqu'à vous brûler, à porter le monde sur vos épaules ou à maintenir tout seul les colonnes d'un temple? Êtes-vous toujours intransigeant face à vos propres erreurs, vos propres défaillances, vos imperfections que vous vous efforcez évidemment de garder bien cachées? S'il fallait que quelqu'un décou­vre que vous n'êtes pas si parfait, si meilleur que les autres... sinon découvrait que vous avez des limites, que vous êtes fatigué, que vous faites des erreurs... Est-ce pour cela que vous êtes si jugeant envers les autres, si dévalorisant, parfois? Pour vous assurer que vous gardez votre place de «meilleur que les autres», sinon toute cette fausse estime de vous- même s'écroulera? Face à vous également, enfants blessés devenus adultes, je voudrais vous convaincre de votre valeur certaine.

NI MEILLEUR NI PIRE; SIMPLEMENT SOI

Comprendre d'où peuvent venir nos blessures ne doit surtout pas servir à lancer des pierres, mais bien à tourner un regard sensible vers soi afin de prendre soin, à partir de maintenant, de notre estime bles­sée. Si vous vous reconnaissez dans les descriptions précédentes et que vous souffrez encore de cela, c'est que c'est vous maintenant qui buvez encore de ce poison à saveur de comparaison, c'est vous qui portez la coupe à votre bouche. C'est vous qui continuez à croire que votre valeur se mesure par rapport à celle des autres. C'est donc à vous de cesser d'entretenir ces fausses croyances.

Aucun arbre dans une forêt, qu'il soit plus grand ou plus petit que les autres, feuillu ou conifère, tordu ou bien droit, à écorce grise ou blanche, aucun d'entre eux ne peut se dire meilleur arbre ou pire. Chacun est ce qu'il est et c'est justement parce qu'ils sont tous dif­férents que la forêt est si belle.

Chacun d'entre nous porte une valeur intrinsèque indépendamment des autres. Chacun a ses talents, ses forces, ses qualités, ses facilités, ses passions qui ne devraient pas être reconnus parce qu'ils se démar­quent des autres, mais tout simplement parce qu'ils sont, parce qu'ils existent un point c'est tout.

MIROIR, MIROIR, DIS-MOI QUI EST LA PLUS BELLE!

Quand la belle-mère de Blanche-Neige regardait dans son miroir, elle cherchait des repères extérieurs pour définir sa propre beauté. En cherchant si elle était plus ou moins, elle n'a jamais pu apercevoir ce qui la rendait belle, elle. Quel drame ! Seule la mort de Blanche-Neige pouvait l'apaiser.

Dans notre histoire personnelle, c'est nous qui tenons symboliquement le miroir dans lequel nous voyons notre image. À nous de nous assurer qu'à notre reflet ne se superpose jamais I'image des autres. Que notre seule mesure de comparaison soit avec nous-mêmes afin que nous arrivions à voir notre valeur à partir de notre unicité et à nous créer une vie qui ne ressemble à personne d'autre qu'à nous-mêmes.


© 2017 Centre de relation d’aide de Montréal inc. CRAM, ANDC, APPROCHE NON DIRECTIVE CRÉATRICE & le Service ANDC-AIDE sont des marques de commerce (MD). Tous droits réservés.