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L'autonomie affective

L'autonomie affective


Que ce soit dans les médias sociaux, sur Internet, à la télé ou à la bibliothèque, nous avons tous entendu parler de la «dépendance affective», cette problématique mal comprise qui nous porte à croire que le fait d’avoir besoin des autres est une tare.

Dans les années 1990, les auteurs tels que Dr Robin Norwood (Ces femmes qui aiment trop) ont commencé à vulgariser cette nouvelle appellation. Elle proposait, aux femmes en particulier, de développer l’amour de soi comme antidote à la dépendance. Par la suite, les recherches se sont poursuivies et les auteurs ont continué de nous renseigner sur le sujet. Aujourd’hui, la dépendance affective est classée comme un trouble de la personnalité, dans le DSM 5, la bible des psychologues et des intervenants en santé mentale.

Il existe différentes formes de dépendance affective et elles ne sont pas toutes pathologiques. Entre l’oubli total de soi et le manque de respect de soi, il y a tout un monde. J’aimerais vous entretenir au sujet de l’autonomie affective, en partant du principe que vous n’êtes pas affectés par votre dépendance au point de perdre tout contrôle sur votre vie.

On a tous besoin des autres
Nous sommes tous nés d’une relation humaine. On naît de deux personnes! Nous sommes des êtres interdépendants. Nous avons par conséquent besoin des autres. Ce n’est pas un problème. Tant que nous avons une famille, un conjoint, une conjointe, des amis et des relations, nous avons ce lien d’appartenance à la communauté. Je peux m’appuyer sur un collègue, un ami, un parent, un amoureux, et ceux-ci peuvent compter sur moi quand je suis disponible et qu’ils sont dans le besoin. Nous sommes en équilibre lorsque nous nous sentons appartenir, en confiance et en sécurité. Nous n’arrivons pas à satisfaire tous nos besoins relationnels, nous avons certes des déceptions et des frustrations, mais, d’une façon générale, nous sommes satisfaits la plupart du temps. Dans ce type de relation, je peux parfois me nier, me perdre et faire passer l’autre avant moi, je peux ne pas toujours établir mes limites, mais je suis tout de même respectée, aimée et valorisée.
Mais qu’en est-il lorsque la seule source d’amour, d’écoute, de sécurité, de reconnaissance et d’appartenance est nourrie par une seule relation affective insatisfaisante? Ou encore au sein de relations toxiques dans lesquels nos besoins ne sont jamais satisfaits?

Il en résulte que nous sommes en déséquilibre. Nous devenons vulnérables et notre bonheur est entre les mains des seules personnes auxquelles nous offrons le pouvoir de nous aimer. Or, si cette personne nous blesse, ou devient toxique pour nous, nous sommes en manque d’autonomie. Nous nous acharnons à nourrir nos besoins avec cette personne, nous privant de la nourriture affective de notre communauté. Nous perdons notre autonomie parce que nous devenons dépendants de cette personne.

Comment développer l’autonomie affective?
Au cours de mes premières années de pratique de la relation d’aide, je souffrais de manque d’autonomie affective. Je donnais beaucoup de pouvoir à l’homme de ma vie. J’avais du mal à dire non, à me respecter, à poser mes limites. Par peur de perdre, j’acceptais d’être traitée d’une façon qui me faisait honte. Je n’en parlais pas beaucoup, de crainte d’être jugée. Mais je savais, au fond de moi, que ce n’était pas normal que je m’oublie de la sorte.

Je me souviens d’un thérapeute qui m’avait déclaré que je manquais d’amour de moi. Et je me rappelle lui avoir répondu: «C’est bien beau m’aimer, m’aimer, m’aimer, mais je fais ça comment? Ce n’est certainement pas en me coulant un bain ou en faisant brûler de l’encens que je vais m’aimer?»

Je me trouvais bien drôle, mais, au fond, j’étais démunie. Je ne savais pas par où commencer cette ascension vers mon autonomie et cet amour de moi dont j’étais si carencée. J’ai donc pris l’engagement de m’aimer autant que j’ai aimé les hommes. En commençant par me respecter et par dire non à tout ce qui allait à l’encontre de mes valeurs, au risque de perdre. Au début, pour mesurer mes limites et mon discernement sur ce qui est acceptable ou non dans ma relation prédominante, je me citais cette phrase: «Est-ce que je trouverais acceptable que mon enfant soit traitée de la sorte?»

Dès que la réponse était non, je prenais l’engagement de ne pas me lâcher. Une petite victoire à la fois, j’ai établi des limites sur ce que l’autre pouvait dire de moi. Quand par exemple, mon chum m’accablait de jugement, je lui disais: «Stop! Tu parles de moi, parle-moi de toi!» S’il continuait, je quittais la pièce en lui disant que je reviendrais lorsqu’il me parlerait avec plus de respect.

Et je me suis mise à ouvrir mon cercle de relations. À force de laisser rentrer des gens respectueux et aimants dans la vie, j’ai commencé à être plus douce envers moi, à voir mes forces, mes qualités et mes ressources. Ma communauté s’est occupée à me rebâtir, avec moi. Après, c’était plus facile de le faire avec mon chum. Et comme je ne m’agrippais plus à lui pour satisfaire tous mes besoins, il respirait plus librement, avait davantage envie de me voir. Quand j’ai commencé à me respecter, il a commencé à le faire, lui aussi.

Moi d’abord!
Aujourd’hui, je me sens épanouie comme femme, j’ai diversifié mes sources de nourriture affective et je donne de la valeur à mes relations.

Pour développer l’autonomie affective, il faut du courage, de l’engagement, de l’accueil pour nos peurs de perdre. Il faut prendre des risques et, surtout, accepter que nous ayons besoin d’amour, de sécurité, de reconnaissance et de liberté. Lorsque nous assumons nos besoins, nous avons tendance à en prendre la responsabilité. Paradoxalement, nous devenons autonomes. Quand on est repus, quand on a mangé à sa faim, on se sent beaucoup plus libres et on a envie de nourrir les autres.

Il y a plein de moyens pour développer l’autonomie affective. L’écoute de nos émotions et de nos besoins, se choisir un entourage aimant, faire des activités qu’on aime avec notre partenaire, seule ou avec des amis. Se fixer des objectifs, s’occuper de notre corps, de notre besoin d’apprendre, de notre spiritualité. Faire des choses pour soi et non pour les autres.

Comme nous sommes la seule personne avec laquelle nous sommes certains de passer le reste de notre vie, c’est important de s’occuper de soi avant de s’occuper de toute autre personne. Non seulement cette notion n’est pas égoïste, mais elle est la seule qui permet de développer suffisamment d’autonomie pour nourrir celle des autres.

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