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L'acceptation, étape clé du lâcher-prise

Le lâcher-prise est souvent prescrit comme une solution magique pour régler tous les tiraillements intérieurs que l’on vit. Pourtant, c’est un état difficile à atteindre et il ne faut négliger aucune étape pour y parvenir. L’une d’entre elles, essentielle, est l’acceptation.

Plusieurs personnes croient qu’accepter la réalité, c’est la subir et se résigner. D’autres confondent l’acceptation avec l’approbation. Celles-là refusent d’accepter, parce que le sens qu’elles donnent à ce mot est synonyme de faiblesse et de lâcheté.

Comme ces personnes, il nous arrive fréquemment de rejeter une réalité à cause du sens que nous accordons aux mots qui la représentent. Dans une relation, le sens que nous donnons à certains termes, à cause de la charge affective qui y est rattachée, peut même déclencher des conflits. C’est pourquoi j’accorde une grande importance à définir les mots-clés que j’utilise. Quand j’emploie le mot accepter, il signifie accueillir et recevoir ce qui est, tel qu’il est, sans dépenser d’énergie dans une lutte épuisante.

Accepter, c’est nager dans le sens du courant de la vie, dire «oui» à ce qui nous arrive et composer AVEC plutôt que de nous acharner CONTRE. Accepter, c’est choisir la facilité et la paix, ce qui n’a rien à voir avec la paresse et la couardise. Accepter, c’est avancer AVEC la difficulté ou l’épreuve, qu’il s’agisse d’une maladie, d’une perte, d’un échec, d’un problème relationnel, d’une souffrance psychique ou d’une réaction impulsive que nous avons eue et qui nous rend honteux, voire coupable. Cependant, accueillir les coups de la vie sans les combattre ne s’avère pas toujours facile. D’une manière générale, l’acceptation n’est pas l’attitude que nous adoptons spontanément quand nous affrontons des réalités qui nous font souffrir. Comment réagissons-nous à ces réalités habituellement ?

Les réactions habituelles devant les difficultés de la vie
Lorsque nous sommes blessés ou éprouvés, suivant notre état intérieur et la situation qui déclenche l’inconfort ou la souffrance, nous versons spontanément dans l’une ou l’autre des réactions suivantes :

  1. Nous supportons et refoulons notre vécu pour éviter le conflit ou pour éviter de nous montrer vulnérables, ce qui a pour effet de nourrir en nous le ressentiment.
  2. Nous nous victimisons, nous nous apitoyons sur nous-mêmes et attribuons la responsabilité de nos déboires aux autres et au monde extérieur, ce qui nous enlève tout pouvoir sur nos vies et, par conséquent, nous rend impuissants à agir.
  3. Nous résistons, nous nous opposons et adoptons une attitude de combattant pour changer le déclencheur de nos malaises, ce qui contribue souvent à nous épuiser, à rendre la relation infernale et à hypothéquer notre santé physique et psychique.
  4. Nous acceptons ce qui est sans nous résigner et sans nécessairement approuver la situation, ce qui a pour grand avantage de nous apporter la paix.

Pour mieux faire comprendre la notion d’acceptation au sens où je l’entends ici, j’emprunterai une comparaison particulièrement significative et m’inspirerai des arts martiaux. Ceux-ci diffèrent des sports de combat, en ce sens que ceux qui les pratiquent opposent une résistance aux coups qui leur sont portés. Par ailleurs, les adeptes de la plupart des arts martiaux déplacent leur corps dans le sens du coup. Par conséquent, ceux qui résistent sont souvent blessés alors que les autres échappent à la souffrance, car au lieu d’affronter l’adversaire, ils le neutralisent par l’accueil de l’attaque. Ils vont dans le sens du coup porté plutôt que de lutter contre lui. Ainsi, ils n’entretiennent pas la violence et ne se créent pas de douleurs inutiles. De plus, ils ne fournissent aucun effort. De la même manière, quand nous acceptons les épreuves de la vie, nous adoptons une approche qui réduit considérablement nos souffrances.

L’acceptation appliquée à votre expérience relationnelle difficile
La première étape de la préparation au lâcher-prise consiste à prendre conscience de la situation relationnelle qui vous dérange présentement ainsi que de vos réactions, vos manques et de vos émotions par rapport à la personne impliquée dans cette situation. Pour faciliter l’expérience d’intégration du processus entrepris, il est essentiel que ce point de départ soit suivi par une période plus ou moins longue d’acceptation de cette réalité, de vos défensives face à elle et de votre vécu. Accueillir ce qui est est un moyen efficace pour réduire l’effort inutile et pour trouver la paix intérieure.

Je vous encourage donc, à ce moment-ci du processus, à accepter que vous avez un problème relationnel avec la personne qui déclenche des malaises en vous ces temps-ci. L’acceptation dont je parle ici n’est pas uniquement d’ordre rationnel. Il est fondamental qu’elle soit bien ressentie. Lorsqu’elle le sera, vous éprouverez un bien-être intérieur. Celui-ci deviendra plus intense encore quand vous aurez pris le temps d’accueillir aussi toutes les réactions défensives que vous avez manifestées jusqu’à ce jour par rapport à cette personne. Accueillez vos refoulements et votre victimite. Accueillez vos jugements, vos critiques, votre agressivité et même vos efforts pour changer la personne concernée. Dites mentalement, par exemple : «J’accepte d’avoir réagi défensivement par la critique et l’accusation» ou encore «J’accepte de m’être victimisé». Quelle qu’ait été votre réaction, sachez qu’elle est correcte et normale. Ne soyez pas dur envers vous-même. Recevez chaleureusement l’humain en vous et ne vous condamnez pas. Vous accuser vous-même ou vous culpabiliser vous causera autant de mal, sinon plus que le fait de blâmer l’autre et de le culpabiliser. Tous, qui que nous soyons, avons appris à nous défendre lorsqu’un geste, une parole ou une action réveille nos blessures. C’est donc humain de réagir. La meilleure attitude pour trouver la paix est d’accepter la réalité.

Vous saurez que vous avez bien accueilli vos réactions lorsque vous ne porterez plus de jugement sur vous-même. Vous serez alors prêt à accepter ce que vous vivez par rapport à la personne qui vous a blessé. Que vous ressentiez de la haine, de la colère, de la jalousie, de la peur, de l’insécurité, de la peine ou toute autre émotion dite négative, accueillez-la, quelle que soit son intensité. Accueillez aussi vos manques sans en responsabiliser votre déclencheur. Surtout, ne refoulez pas.

Pour la plupart d’entre nous, cet accueil de la réalité intérieure est très difficile à réaliser. Dans la majorité des religions, et particulièrement dans les religions judéo-chrétiennes, les émotions désagréables sont considérées comme des péchés. Cela explique en partie pourquoi nous refusons de les ressentir, encore plus de les exprimer. Même si nous avons abandonné toute pratique religieuse, cette croyance est logée dans notre inconscient collectif. Nous devons donc nous donner ce droit d’être émotifs et vulnérables. Sans cet accueil, nous nous déconnecterons de notre vécu et intensifierons nos défensives, au point de devenir insensibles, voire mesquins, sans même le vouloir.

Vous êtes une personne vulnérable et les émotions que vous ressentez ne sont pas toujours agréables. Sachez qu’il n’existe pas de plus grande preuve d’amour de vous-même que celle d’accepter la vulnérabilité causée par vos blessures. Aimez-vous assez pour être hospitalier avec les émotions déclenchées en vous par la personne avec laquelle vous vivez une expérience relationnelle éprouvante. Dites, par exemple : « J’accepte d’avoir du ressentiment et d’éprouver de la colère envers (Nommez ici la personne).» Par ce travail d’acceptation ressentie, vous accorderez à vos blessures relationnelles l’attention dont elles ont besoin pour guérir.

COLETTE PORTELANCE
TRA, Thérapeute en relation d’aide par l’ANDC
Fondatrice du Centre de relation d’aide de Montréal (CRAM)

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