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Cesser d'avoir peur et décider

Cesser d'avoir peur et décider

Quand je me lève le matin avec des douleurs qui me donnent envie de pleurer, quand je suis limitée par l’impuissance, quand mes ressources extérieures sont épuisées, quand je me sens complètement démunie, quand rien ne se passe comme je l’avais prévu et voulu, quand j’ai le sentiment de marcher dans les ténèbres, c’est dans l’acceptation et le lâcher-prise que je trouve la lumière. Lorsque je décide d’accepter, j’arrête de m’apitoyer ou de me battre et je deviens instantanément calme. Je peux alors lâcher prise et faire confiance à mes ressources spirituelles. Pour faciliter cette acceptation et ce lâcher-prise, je ne fais rien d’autre que de choisir la paix.

«Accepter, c’est choisir la paix».

Étymologiquement, le mot «choisir» veut dire «goûter», «savourer», «jouer», «éprouver une sensation, une émotion». Il fait référence à quelque chose d’agréable. En effet, quand nous faisons un choix ferme, nous nous sentons mieux parce que ce choix élimine le doute qui, lui, fait souffrir. Choisir, c’est cesser d’hésiter, de se torturer, d’entretenir la peur et l’insécurité, c’est prendre une décision.

Le doute maintient sur place. Il nous attache, nous lie. Il est en soi un espace de souffrance parce qu’il est porteur de déchirements, de peurs et de stagnation. Qu’est-ce qui nous fait douter sinon la peur? La peur de nous tromper, de ne pas arrêter le bon choix, de ne pas accomplir la bonne action. Et si on se trompait, quelles en seraient les conséquences ?

Rester dans le doute, c’est pire que de se tromper parce que c’est se priver de sa liberté de choisir, c’est nourrir l’insécurité et le manque de confiance en soi et en sa partie divine. Quand nous doutons, cela signifie que nous devons effectuer un choix, prendre une décision.

Choisir représente une façon agréable de s’affirmer, une preuve d’amour de soi. La décision rend plus fort intérieurement. Nous gagnons toujours à décider et à choisir. Nous gagnons la paix et le soulagement parce que nous mettons fin à nos déchirants doutes. Prendre une décision ferme s’avère toujours bénéfique si elle est accompagnée du lâcher-prise, si nous nous faisons confiance et si nous passons à l’action.

Décider, c’est cesser de chercher une réponse. La décision est la réponse. Décider, c’est trouver, à la condition de lâcher prise sur les résultats et de s’ouvrir aux messages de la vie. Prendre une décision, c’est monter une marche sans vraiment savoir ce qui nous attend sur la marche suivante, mais en étant convaincu que le recul n’existe pas pour celui qui veut apprendre. De la décision naît une nouvelle expérience qui ne peut être qu’une source d’évolution.

Décider et choisir, c’est faire face à une part d’inconnu, c’est accepter de ne pas tout prévoir, de ne pas tout contrôler; c’est accepter de laisser une partie du contrôle à la vie qui nous habite. La bonne décision n’est pas celle qui exclut l’erreur, mais bien celle qui inclut l’acceptation de franchir un chemin inconnu et d’apprendre. Elle inclut une foi profonde en notre capacité à tirer le meilleur de tout ce qu’elle entraîne d’incontrôlable.

Décider, c’est enfin se sentir en possession de son pouvoir. C’est conjuguer le pouvoir humain et le pouvoir divin en nous. C’est pourquoi, lorsque nous prenons une décision ferme, nous ressentons presque toujours une force intérieure, une joie profonde, un sentiment de sécurité indéfectible.

Entretenir le doute nous affaiblit alors que « choisir » nous renforce. Notre pouvoir de choisir fait de nous des êtres libres et importants. Malheureusement, trop souvent nous ne l’utilisons pas. Combien de fois nous entendons-nous dire : «Je n’ai pas le choix.» ou «Je n’avais pas le choix.» alors que nous l’avons toujours. Nous avons, en effet, toujours le choix de ce que nous faisons avec ce qui est. «Ne jamais laisser quelqu’un vous persuader qu’il n’a pas le choix, nous dit Jalenques (...) ou alors c’est qu’il a choisi... de ne pas avoir le choix, c’est qu’il a manqué de confiance pour le faire1. »

Oui, nous avons le choix. Christiane Singer nous le confirme lorsqu’elle affirme : «La dignité concédée à l’homme est la possibilité du choix. (...) L’homme doit agréer à son destin et non pas le subir. L’homme doit se lever et dire tout haut : Oui, je choisis de naître. Aussi longtemps que nous n’avons pas dit ce OUI, nous ne fêterons pas de noces. Ma vie ne peut être le produit d’un rapt. Ce sont des noces qu’il me faut célébrer entre elle et moi2. »

Choisir de choisir et de décider, c’est choisir de vivre; c’est être pleinement vivant. Oui nous le pouvons. S’il est vrai que nous ne choisissons pas consciemment nos épreuves3, nous avons toutefois la possibilité de choisir comment composer avec elles. Il en est de même avec nos émotions. Elles se manifestent tout comme les événements imprévus de la vie. Elles envahissent notre cœur à notre insu. Elles tintent nos mimiques, nos gestes, notre attitude. Elles influencent nos pensées et nos actes. C’est vrai que nous ne les choisissons pas consciemment, mais nous avons la possibilité de les transformer en les ressentant et en modifiant nos pensées et nos actions. Une expérience que je racontais dans mon journal du 7 octobre 2005 éclaire bien ce que je viens d’affirmer :

Ce matin, quand je me suis levée, je souffrais beaucoup physiquement et j’étais déprimée. J’avais plein de pensées négatives qui nourrissaient mon découragement et mon sentiment d’impuissance devant la souffrance, ce qui me rendait passive et sans entrain. J’ai médité, écrit, puis j’ai poursuivi la lecture du livre de William Glasser : La liberté de choisir. Un passage a attiré mon attention. Il y disait que nous choisissons nos actions et nos pensées et que ce choix influence nos émotions et notre état physiologique. Il y disait aussi – ce qui m’a choquée – que déprimer est un choix :

« Pour vérifier cette idée ( ) écrit-il, efforcez-vous de faire un choix différent un court moment, une heure au moins. Faites quelque chose d’exigeant physiquement, quelque chose que, dans d’autres circonstances, vous pouvez facilement faire et que vous aimez faire4. »

Sans nier l’importance de mes émotions que j’ai pris le temps d’identifier et d’accueillir à ce moment-là, j’ai décidé de changer d’action. Au lieu de continuer à lire, j’ai choisi une musique entraînante et je me suis mise à danser en dépit de la douleur. Au début, je le faisais mécaniquement et avec beaucoup d’efforts, sans trop y croire. Puis j’ai décidé d’y mettre mon cœur. J’ai constaté, après quelques minutes, qu’effectivement, je me sentais de mieux en mieux, que je sortais de ma déprime ou plutôt que la déprime sortait de moi.

Cette expérience me fait réaliser une fois de plus l’interinfluence du corps, du cœur et de la pensée. Elle explique pourquoi les spécialistes de la dépression proposent beaucoup d’activités physiques à ceux qui en souffrent.

Le fait de choisir demande souvent un effort, mais cet effort en vaut la peine, parce qu’à hésiter et à douter, nous perdons beaucoup d’énergie, nous faisons du surplace et nous prolongeons la souffrance.

Nous fonctionnons souvent ainsi lorsque nous doutons : nous attendons, nous attendons... jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Nous attendons l’illumination, le signe qui nous indiquerait quoi choisir. Nous attendons que quelqu’un ou quelque chose nous donne la réponse. Nous dépendons ainsi de l’extérieur, car nous craignons de nous tromper et de le regretter.

Nous aurions donc avantage à exercer le muscle de la prise de décision, avantage à choisir et à assumer nos choix, parce que dans le doute et l’indécision nous laissons les autres et la vie décider à notre place et nous en venons à ne plus savoir ce que nous voulons.

Pour vérifier si ce que j’avance est vrai pour vous aussi, je vous propose de l’expérimenter en faisant l’exercice suivant :

1. Observez-vous. Voyez si, dans votre quotidien, vous laissez la vie ou les autres décider à votre place.

2. Arrêtez-vous à une situation précise dans laquelle vous entretenez le doute et la peur présentement, une situation où vous versez dans la procrastination parce que vous avez peur de vous tromper ou parce que cela vous demande un effort.

3. Cessez de vous torturer et prenez une décision. Acceptez la possibilité que vous n’obteniez pas les résultats recherchés et soyez confiants que vous ferez un pas en avant de toute façon. Faites confiance et croyez que l’apprentissage que vous en retirerez vous servira par la suite beaucoup plus que la souffrance et la stagnation dans laquelle vous retiennent le doute et la peur. Autrement dit, faites-vous confiance.

4. Passez à l’action en allant dans le sens de votre décision.

5. Une fois ce parcours terminé, prenez le temps de noter ce que vous en retirez.

Nous savons tous que, à certains moments de la vie, la force nous manque vraiment pour faire des efforts. Dans ces moments-là, nous avons malgré tout un choix à faire. Nous pouvons choisir de nous enliser dans le mal-être ou de demander de l’aide. Nous pouvons rester dans la tourmente ou choisir la paix par le lâcher-prise. Notre principal ennemi n’est pas la situation, mais la peur, l’insécurité et le doute qui nous enferment dans l’impuissance.

La question qui se pose toujours quand nous nous sentons coincés par des émotions qui nous contrôlent et nous font souffrir est de savoir quoi décider, quoi choisir. La réponse la plus sûre que je puisse donner à cette question est la suivante : choisissez toujours l’option qui vous apportera la paix.

1 JalenqueS, Dr Étienne. op. cit., p. 64.

2 Singer, Christiane. 1996, op. cit., p. 42.3 À propos du choix en rapport avec l’épreuve, je propose la lecture du chapitre 6 de mon livre paru en 2007: La guérison intérieure, un sens à la souffrance. Montréal : Éditions du CRAM, 2007.

4 glaSSer, William. La liberté de choisir : s’affirmer sans contrôler, Montréal : Éditions Logiques, 1999, p. 99.

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